Sedjro Giovanni Houansou

Sedjro Giovanni Houasou

Biographie

Sèdjro Giovanni Houansou est né en 1987 au Bénin. Il est l’auteur de plusieurs pièces, dont Courses au soleilet La Rue Bleue. Son texte Les Inamovibles, édité chez Théâtre Ouvert est lauréat du Prix Théâtre RFI 2018, bénéficiaire de la ARTCENA 2019, et lauréat du Prix Bernard-Marie Koltès des Lycéens 2021.

En 2020, avec l’appui du dispositif “ des mots à la scène” et de la commission internationale de Théâtre francophone, il écrit et crée Il pleut des humains sur nos pavés, autour de la marginalisation des micro territoires.

Résidant au Bénin, Il a mis en place, avec l’association Sudcrea, Les Embuscades de la scène qui donne une première chance de diffusion aux jeunes metteurs en scène béninois et il coordonne un temps, le projet Les Didascalies du Monde qui organise tous les mois à Cotonou des lectures publiques de textes francophones.

Enfin, il est le promoteur des plateformes benincrea.net pour la diffusion des opportunités artistiques sur le continent africain et artirium.net pour la transmission des expressions culturelles et techniques créatives.

 

Découvrez le texte programmé dans la Saison #5 :
Il pleut des humains sur nos pavés

Résumé

La jeune Adé, 16 ans, muette, a disparu dans Katanga (ce sous-quartier entre la ville et l’océan). La police banalise l’information alors que le quartier est en pleine ébullition — armées de pierres et de foi, les Katangais résistent à la désagrégation du quartier par le gouvernement—. Deux policiers en représailles à la perte de l’un de leurs, commettent un crime. Ils assassinent Tam, jeune katangais, lui aussi muet, dont l’amour s’est révélé à Adé après un viol collectif. Tam est différent. Adé le sait, et maintenant qu’il a été brûlé vif, que Gobi promet inoculer la douleur aux assassins de son fils « jusqu’au dernier refuge de l’esprit » ; qu’Istanbul soulève Katanga comme les vagues de l’océan ; que Léila (photographe) recherche son propre visage dans les ruelles chaudes ; que Binéta et Hidi démolissent leur couple comme avec une grue, plusieurs chemins / vies se surprennent dans cette ville aux lampadaires obliques et ses turbulences vertigineuses.Il pleut des humains sur nos pavés explore l’écrasement de micro-territoires et la marginalisation de masses, ceci par le prisme de l’amour et de sa violence silencieuse ; la résistance des hommes et la résilience des lieux, la réminiscence. L’important sera que par l’amour, nos mémoires d’humains résistent, car c’est elles qui donnent un visage à la ville, pardon, la vie.

 

Extrait

Leila dans le taxi, assise, coté non-chauffeur ; stressée et énervée. Le taxi est à la poursuite d’un scooter qui vient d’arracher son sac à main

Taximan — (Coups de Klaxon) Eh ! Kopéto, djo lé mon a dji la !1

(Un temps)

Leila — Mais qu’est-ce que je suis idiote ; Idiote, idiote.

Taximan — Confirmé.

Leila — Pardon.

Taximan — Que vous avez vraiment été idiote. A peine arrivée, vous donnez votre sac à des bandit.

Leila — Pardon ?

Taximan —J’ai dit « des bandits ».

Leila — Mais bien sûr que ce sont des bandits, alors là pas le moindre doute.

Taximan —Ils font ça tout le temps. Dès qu’ils voient que vous venez d’arriver, ils vous font le même coup.

Leila — Ah ouais ? Vous les connaissez ?

Taximan — Attention, dos d’âne ! devant ! (En montrant du doigt un dos d’âne sur la route. La voiture passe dessus et ils sursautent)

Leila — Vous les connaissez ?

Taximan — Tout le monde les connait, voyons. Dos d’âne, encore !

Leila — Ah ouais ?

Taximan — On ne les connait pas personnellement mais on sait où ils vont.

Leila — Ils vont où ?

Taximan — Dos d’âne ! Et donc après ils sont revenus à deux…

Leila —Oui

Taximan — Le premier vient vérifier si vous êtes toute seule et la deuxième fois qu’ils arrivent ? Hop

Leila — Il m’ont arraché mon sac, vous avez vu

Taximan — Vous avez eu de la chance pour votre téléphone ; dos d’âne

Leila — Aïe. Merde alors !

Taximan — Oh là ! Ce n’est pas moi qui ai fabriqué tous ces dos d’âne.

Leila — Vous auriez pu disposer de ceinture de sécurité tout au moins, je me prends le plafond, tout le temps.

Taximan — Désolé.

Leila — Les voilà.

Taximan — Où ?

Leila — A droite. Ils s’arrêtent. Arrêtez – vous, Arrêtez-vous. Arrêt, arrêt. Ils repartent, ils repartent.