Catherine Benhamou

Avec Lazare, Catherine Benhamou a participé à la session ALT d’Avril 2018 à La Colline – Théâtre National.

Actualités

– Résidence à la Chartreuse de Villeneuve-les-Avignon du 3 au 26 octobre pour le projet Le silence d’Emily Dickinson
– Atelier d’écriture à La Colline – Théâtre National en lien avec le spectacle Révélation de Leonora Miano (Renseignements > https://www.aleph-ecriture.fr/)

Interview

Peux-tu nous dire quelques mots sur cette pièce ?

Je suis très contente que vous ayez choisi Lazare, c’est une pièce qui me tient vraiment à cœur. Je l’ai écrite il y a quatre ans. Elle a été mise en espace et lue en public à plusieurs reprises, elle a été sélectionnée par le comité de lecture de l’Apostrophe en 2014, élue Coup de cœur du public et mise en espace à l’Apostrophe par Jean-Paul Rouvrais, puis j’ai arrêté de la faire circuler.

Quelles odeurs et quels bruits ont Lazare ?

L’odeur du métro et les bruits du métro, les portes qui se ferment, qui claquent, le bruit de la décompression des rames…

Une couleur ?

Des couleurs un peu floues, comme le flou dans la pièce… Un mur gris-ocre, gratté, avec des strates, on verrait dessous d’autres couleurs et des traces de tag. Un mur sali et beau !

Comment la résumer en quelques mots ?

C’est une dérive, celle d’une femme à la recherche de son identité. C’est une femme qui n’a pas de nom, en perdition, et qui va se retrouver dans le métro… Les personnages qu’elle est amenée à croiser sont tous des survivants. Le syndrome de Lazare est celui des personnes qui ont vécu un grand traumatisme et ont été persuadées qu’elles allaient mourir. Elles se retrouvent à un endroit un peu désespérées, un peu coupables d’être en vie…

Pourquoi avoir choisi le cadre du métro ?

Il y a plusieurs raisons. D’abord, j’aime particulièrement les mots du métro : correspondance, station, tunnel, quai, rail, direction ou changement. Ces mots m’ouvrent un imaginaire. Ensuite, j’ai toujours été très fascinée par les gens qui parlent seuls dans les transports ; je me retrouve parfois n’importe où, à suivre quelqu’un qui me fascine car il s’adresse aux gens dans le métro. Les personnes qui racontent l’histoire de leur vie, ou des choses qu’on ne comprend pas mais qui ont ce besoin de logorrhée, de s’adresser à des inconnus, m’ont toujours subjuguée… c’est même à l’origine du fait que j’écrive. C’est aussi une inspiration pour mon travail de comédienne, notamment pour le rôle de la vieille dans Par les villages de Peter Handke : le metteur en scène avec qui je travaillais, Olivier Werner, avait la vision d’une personne qui parle seule dans le métro, une personne de la rue. J’ai alors beaucoup observé, et j’ai écrit Lazare peu après.

C’est donc aussi ton travail de comédienne qui inspire ton écriture ?

C’est vrai pour Lazare, ça l’est aussi pour ma pièce Hors-jeu, que j’ai écrite sur la scène du théâtre, dans la poubelle, lorsque je jouais la mère dans Fin de partie de Samuel Beckett ! En tous cas, pour l’instant, mon écriture vient toujours d’une expérience dans le réel : Nina et les managers a été inspirée par des ateliers de théâtre en entreprise, Ana ou la jeune fille intelligente est née de rencontres et d’ateliers avec des femmes immigrées en cours d’alphabétisation. Ma dernière pièce, Au-delà, est inspirée des attentats à Paris, tandis que la pièce Romance, qui est en cours d’écriture, m’est venue lors d’ateliers avec des élèves de lycée en Seine-Saint-Denis.

En ce moment, que fais-tu ?

Je vais partir en résidence pour finir l’écriture de Romance et mener des ateliers avec des enfants. À la saison prochaine, je jouerai ma pièce Hors-jeu au théâtre de la Reine Blanche, et je cherche actuellement un ou une metteur en scène pour monter Au-Delà.

Quel est ton premier souvenir de théâtre ?

Dans la Cour d’honneur du Palais des papes à Avignon, en 1975, je voyais ma première pièce. Un grand acteur jouait Othello, il y avait beaucoup de mistral, on n’entendait rien… Le vent était si fort que son chapeau s’est envolé… L’acteur a dit « Merde ! » et a quitté la scène.

Sais-tu ce qui t’a donné envie d’écrire ?

Le fait de travailler de grands textes en tant que comédienne. Forcément, quand on entend Hamlet tous les soirs, ça donne envie d’écrire !

Pourquoi écrire du théâtre et pas des romans par exemple ?

Le théâtre, c’est quelque chose que je connais bien ; je me sens légitime à en écrire. Le roman, j’y viendrai ou j’y passerai peut-être… Mais ce qui me passionne dans le théâtre, ce sont les trous : les gens peuvent y apporter leurs imaginaires. Et je suis tout simplement passionnée par l’espace théâtral !

Lorsque tu écris, quel est ton environnement ?

Mon bureau, devant la fenêtre. Il est au 4e étage, j’ai vue sur le ciel et la ville ; c’est un environnement très urbain avec les immeubles, la rue, les voitures…

Est-ce qu’il y a d’autres arts qui t’inspirent, comme la musique par exemple ?

Si j’écoute de la musique en écrivant, c’est le même morceau en boucle, ce qui fait qu’au bout d’un moment je ne l’écoute plus vraiment et qu’il devient un fond sonore. En réalité, je lis beaucoup de théâtre. Je préside le comité de lecture des EAT [Écrivains Associés du Théâtre] et lis donc de nombreuses pièces. J’achète aussi beaucoup de théâtre dans les librairies, car j’ai besoin de lire ce qui se fait. Avant d’écrire, il m’arrive même d’ouvrir Shakespeare et de lire quelques lignes, pour mettre la barre à un haut niveau ! Je lis aussi beaucoup de poésie.

As-tu une anecdote à partager, concernant l’écriture de Lazare ?

Elle a commencé par la rencontre de « l’homme au chien », un des personnages de la pièce. Je buvais un café au comptoir d’un bistrot dans le 10e arrondissement de Paris. Un type était là avec son chien et m’a demandé de le garder, car le chien dormait et qu’il avait des affaires en cours ; il ne voulait pas le réveiller et m’a tendu la laisse. Tout est parti de là. J’ai commencé par écrire un solo de cet homme, puis le reste est venu au fur et à mesure. La vidéo-surveillance est quelque chose qui m’intéresse : toutes ces images qui sont prises et ces personnes qui les regardent. Qu’est-ce que ça doit être d’être là, à regarder les autres tout le temps !